dans les champs pour toujours

juin 18, 2009

Il arrivait sur la droite je contournais le rond point avec ses baraques en bois et je n’ai pas pu l’éviter alors il m’a dépassé, légèrement devancé juste assez pour que j’achève mon pas sur le dernier des siens à la pointe de ses talons. Il n’a pas retourné de regard a continué droit devant lui et a commencé à monter la pente cernée de vitrines éclairées. Je l’ai regardé au loin tournant autour d’un stand de barbe à papa. Il avait l’air fin sans couleur ni relief. Il devait porter une veste trois quarts avec les cheveux qui vont avec. C’est vers la fin que je suis monté à sa suite que je l’ai dévoré des yeux et qu’il est mort noyé sous mon regard à mes pieds. Surtout à mes pieds. Après il y a eu le soir du réveillon en lui-même. Il y a énormément de choses qui me font peur dans cette ville, mais surtout, la chose la plus effrayante, c’est l’idée que derrière et devant moi ne font qu’un. Que les deux se sont liés, se sont alliés. Il n’y a rien pour moi ici, il n’y a rien. C’est une ville où personne ne pense après le soir, à peine plus que le programme tv. Il y a à voir dans le noir et personne ne regarde dans cette direction, persuadé qu’il y a quelque chose de mieux sur l’autre chaîne. Histoire de mourir un peu chaque jour, un peu plus je m’endors de plus en plus tôt. Je me lève de plus en plus tard. Je réduis au minimum mes déplacements, je reste assis allongé immobile. Je m’éloigne de ce qui pourrait être moi et je me regarde disparaître, je glisse à mes pieds et je change de chaîne. Il y a tout un monde dans leur regard, il y a tout un vide. Même rassemblé, ça ne ressemble à rien. Même les uns contre les autres, on a beau les cogner entre eux il n’y a que du vide qui résonne dans leur vie. Moi-même j’essaie de me persuader que le vide n’est pas ma place, qu’il y a forcément quelque chose à laquelle je peux me raccrocher. Une carte postale où serait dessiné mon portrait. Avec de vieilles peintures passées avec le temps. Il y aurait là mon visage et mon âme dessinés l’un sur l’autre, superposés sans distinction. Je regarde m’avancer au bord du précipice et je ne saute pas. Ce n’est pas tant le vide que le fait de sauter de l’embrasser qu’il convient de saborder. Avant tout, je ne pars pas. Je reste immobile. Il y a un chez moi, il y a des meubles dedans et avant tout rien ne se perd. Je sais où chaque chose est. Je sais où je suis. Et avant tout, c’est l’horreur absolue de se savoir chez soi, de savoir où je suis sans que personne ne puisse me dire le contraire. Je dis ça en pensant à un couloir sombre avec au bout une fenêtre qui donne sur une autre fenêtre. Il y aurait un ciel que personne ne le verrait. Il y aurait un ciel que personne ne lèverait les yeux dessus. Il y aurait même un soleil au milieu de ce ciel et il n’y aurait personne pour s’éblouir avec. Aussi bêtement dit, il y aurait le soleil et pas la trace d’un Icare pour le défier. Même pas la plume d’une aile. Tout un chacun est occupé à se terrer sous terre dans le métro dans les bus dans les maisons qu’on achète à crédit et qu’on revend pour en acheter d’autres ou alors des appartements des placements immobiliers avec de l’argent avec des bénéfices que chacun se verse sous son bonheur satisfait. Des bénéfices et de l’assurance. Comme la voiture assurée pour quatre personnes et qu’on refuse la cinquième parce que l’assurance. Voilà un monde où l’assurance prévaut. Il n’y a personne pour lever la main et dire je ne suis pas assuré, je ne tire pas de bénéfice de mon argent, je ne place pas mon argent et moi-même je ne suis pas placé. Rien de placé. Pas de bénéfice, pas d’assurance de rentrer chez soi chaque soir. Pas d’assurance d’être le propriétaire d’une vie délimitée en mètre carré. Voilà pour soi. Voilà pour chacun. Je meurs d’envie devant un cul cerné de jeans, il est tellement bombé qu’il en devient enviable comme un ballon de baudruche et une aiguille irrémédiablement attirés l’un vers l’autre pour que ça fasse paf. Au bout du compte on souffle sur les confettis la fête est finie. Le retour a sonné et le dessert est froid. Il y a bien l’idée d’un grand lit avec tout le monde réuni dessus mais tout ça reste dans l’idée, très loin dans la fumée du feu d’artifice, au-dessus de nos têtes frigorifiées. Un brouillard voilà tel qu’est apparue la nouvelle année. Un brouillard épais est tombé sur la ville est tombé sur nos pas pressés. Mais encore là tout un chacun marchait droit devant lui persuadé que le brouillard n’est rien que la nature ne prévaut pas sur l’assurance. De savoir où tout un chacun est se trouve. Mais encore une fois, le feu d’artifice annoncé n’est pas venu. Couvert par le brouillard. Un écran de fumée illuminé. Jaune. Rouge. Vert. De la musique autour de nous. Des ombres se faufilent. Et puis ça dure quelques minutes comme ça. Et ça s’arrête. Sans que personne n’ait pu dire quoi que soit. Alors on repart comme on est venu. Mais cette fois, on sait que c’est nouveau. C’est une nouvelle année, un commencement. Qui commence par du brouillard. Qui n’envahit personne comme on dit de tromper. L’assurance encore une fois que tout commence loin d’une route où les voitures klaxonnent où un homme en jogging reçoit un vélo sous la tête et où moi-même je manque de recevoir un mégot allumé sur la tête. Quand le retour se fait, il n’y a rien qui nous attend. Un silence à peine.

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Twitter picture

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

Suivre

Get every new post delivered to your Inbox.